Agir plutôt que subir : le défi d’un lobbying à la française

Agir plutôt que subir : le défi d’un lobbying à la française – tribune pour Le Figaro – Paroles d’entrepreneurs

En France, le lobbying est longtemps apparu comme un pouvoir occulte, indissociablement lié à la société de Cour d’Ancien-Régime, à ses négociations secrètes et à ses privilèges. La Révolution, puis la République, ont ensuite achevé de dénoncer le lobbying comme une pratique nécessairement nuisible, allant à l’encontre de l’intérêt général.

Depuis, cette vision intrinsèquement négative du lobbying a perduré si bien que nul, ou très peu, n’osent encore se revendiquer ouvertement « lobbyistes ». C’est dire si les préjugés sont tenaces dans notre pays !

Pourtant, le lobbying n’est ni une pratique négative ni un métier contre-nature. Posons donc la question : les entrepreneurs doivent-ils accepter placidement d’être impactés par un projet de loi mettant en cause leurs intérêts sans réagir, au nom d’un intérêt prétendument supérieur ? N’ont-t-ils pas le droit de chercher à sensibiliser l’opinion sur des questions qui, au demeurant, la concernent également ?

Qu’on le dise clairement, les élus n’ont pas le monopole de l’intérêt général ! Il appartient aussi aux entreprises, aux associations et aux syndicats de participer au débat public. C’est le propre d’un régime démocratique ouvert et pluraliste. Les responsables politiques doivent, quant à eux, arbitrer entre la somme des intérêts particuliers.

Il nous faut aujourd’hui réaffirmer la valeur positive du lobbying. Réinventer un lobbying « à la française » ; un lobbying qui ne soit plus systématiquement négatif et défensif, mais positif et constructif !

  • Vers un lobbying proactif et positif

Pour les entreprises et les décideurs, le lobbying professionnel doit être appréhendé comme un outil indispensable pour accroître leur influence et renforcer leur visibilité au sein de la sphère publique et médiatique. Un impératif qui se justifie d’autant plus au regard de leurs difficultés à investir un univers politique sinon cloisonnée du moins très codifié.

Contre le lobbying défensif, qui consiste à s’opposer frontalement à tout projet sans proposer de solutions alternatives crédibles, les représentants d’intérêts français devraient néanmoins opter pour un lobbying proactif. Cette stratégie consiste d’abord à bien connaître son environnement institutionnel et à anticiper les évolutions législatives pour, si possible, y prendre part. Il s’agit, aussi, de se concentrer sur les résultats à atteindre et, à cette fin, de nouer des alliances utiles avec ses partenaires.

Un lobbyiste est un facilitateur et un apporteur de solutions. Il doit proposer une expertise, un savoir-faire et éclairer certains aspects techniques d’un dossier. Il doit, aussi, favoriser si possible l’émergence de consensus.

  • Les outils du lobbying à l’heure du Web 2.0

Le développement d’Internet et la multiplication des réseaux sociaux ont profondément modifié l’environnement traditionnel du lobbying en créant des opportunités de prise de parole quasi-instantanées. Dans un tel contexte, point d’influence possible à qui ne maîtrise pas les rouages du Web 2.0 !

Pour être pleinement efficace, une stratégie de lobbying devra donc mobiliser toute une gamme d’outils classiques (veille stratégique, cartographie des publics cibles, constitution d’un réseau dynamique) mais également utiliser la presse et les médias sociaux comme des relais d’influence (à travers des newsletters, des billets d’humeur et des pétitions en ligne). Il s’agit, en effet, de se positionner comme une « force de propositions », autrement dit d’agir sur l’actualité au lieu de la subir.

  • Lobbying et transparence

Qui dit lobbying et influence ne signifie pas nécessairement œuvrer dans l’ombre. Les pouvoirs publics doivent mieux encadrer la profession des lobbyistes, dans une logique de transparence et d’efficacité. L’Union européenne, par exemple, a pris des dispositions très strictes à l’égard de la profession. Les représentants d’intérêts doivent souscrire à des principes consignés dans un « Code de conduite » et s’inscrire officiellement auprès des autorités compétentes.

Forte de la qualité de ses services diplomatiques et de l’énergie de ses entreprises, la France dispose de tous les atouts pour renforcer également sa propre influence dans le monde, à commencer par Bruxelles.

L’influence ne doit pas être un tabou. Elle doit être utilisée avec tact et intelligence, dans le respect des normes en vigueur. Elle doit, surtout, privilégier une posture de compréhension et d’ouverture à l’autre, plutôt qu’une opposition abrupte et stérile.

A nous d’inventer le lobbying français ! Un lobbying moins timoré pour une influence retrouvée !

Romain Mouton

Tribune en ligne sur Le Figaro / Paroles d’entrepreneurs en cliquant ICI

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