Le MOOC, un outil d’influence d’envergure internationale

L’enseignement est un sujet brûlant. Avec 88 milliards d’euros, c’est le premier poste de dépense du budget de l’Etat français pour 2015. Pour autant, les formes d’acquisition de nouvelles connaissances se diversifient de plus en plus.

Le MOOC, Massive Open Online Courses, est une autre forme d’enseignement, un apprentissage à la demande, aux frontières encore troubles. Ce cours gratuit de diffusion massive en ligne, s’est peu à peu installé comme nouveau canal d’information, pour les étudiants comme pour les professionnels.

La communication par apport de connaissance

 Les grandes écoles de Commerce, Sciences Po ou les ENS l’ont bien compris, la possibilité de transposer cet outil de formation en outil de communication voire d’influence est une opportunité à saisir. Pour faire évoluer son image perçue, le respect d’un bon tempo et d’un contenu adapté à la cible sont facteurs de réussite. Ainsi, proposer un contenu pertinent pour attirer les meilleurs profils relève d’une importance stratégique pour les écoles du supérieur. La communication par apport de connaissance peut désormais concurrencer les formes classiques de communication institutionnelle.

Les écoles ne sont désormais plus seules sur ce segment. Les entreprises apportent ainsi du contenu et démontrent leur expertise. Leur savoir-faire se transforme en indice d’attractivité pour les clients, fournisseurs et concurrents. Ces formations en ligne permettent alors aux acteurs économiques d’afficher leurs valeurs, leurs idées et leurs compétences. Dans certaines structures, les MOOCs s’intègrent dans des stratégies complexes, visant un rayonnement international dépassant le simple gain financier à court-terme. En effet, ces formations véhiculent des idées culturelles fortes, susceptibles de faire évoluer mentalités et systèmes de pensées sur des sujets ciblés. Ils valorisent les organismes qui les diffusent.

MOOC : Les entreprises s’y mettent

L’influence culturelle étant un enjeu de taille, les coûts qu’impliquent ces nouveaux systèmes éducatifs demandent de réels investissements. Toutefois, le premier à diffuser un nouveau savoir tire un avantage concurrentiel et profite pleinement de ce rayonnement culturel qu’apporte la diffusion de connaissance. La mise en place d’une stratégie d’influence passe par l’anticipation et par l’identification des facteurs clés de la construction d’image pour une organisation. Le MOOC est partie intégrante de ce processus.

En 2014, BNP Paribas lançait son premier MOOC sur le fonctionnement du SEPA, le système unique de paiement en euro arrivé en février. Avec sa présence dans 75 pays, la banque française expliquait le fonctionnement SEPA à ses collaborateurs et à ses clients, toujours dans une optique de vulgarisation auprès du plus grand nombre.

Le MOOC français doit défendre son modèle

Le MOOC Nord-Américain, fruit des collaborations Entreprise/Enseignement Supérieur, est un succès international. Le modèle français se doit de pouvoir défendre ses intérêts, notamment ceux liés à l’influence normative. C’est-à-dire, le jeu concurrentiel entre entreprises internationales pour l’acquisition de modèles et de marchés clefs. Comme l’explique le rapport dirigé par Claude REVEL commandé par Nicole BRICQ, en 2012, il est impératif de développer une stratégie nationale d’influence normative. Le projet de Traité de Libre-Echange Transatlantique est l’exemple phare d’un débat entre influence nord-américaine et Européenne. Quelles normes s’imposeraient sur le marché global ? Difficile de répondre aujourd’hui, mais une chose est sûre, l’influence culturelle prendra une place de choix dans le processus décisionnel.

Romain Mouton

Tribune en ligne sur Économie Matin en cliquant ICI