Le métier d’attaché de presse est-il mort?

Le développement du web 2.0 a bouleversé le monde de la communication et suscité certaines inquiétudes auprès des professionnels du secteur, plus particulièrement au sein des bureaux de presse et des agences de relations publiques.

En effet, cette évolution du Web a renversé le rapport au public : désormais, les médias ne sont plus la seule courroie de transmission de l’information et Internet a considérablement accéléré les échanges, conférant un pouvoir nouveau à l’opinion publique, celui de s’exprimer librement et d’interagir avec les entreprises et les marques.

Dès lors, de nouvelles expertises sont devenues nécessaires, telles que celles du community manager, chargé de représenter l’image d’une entreprise sur le Web et de fédérer sa communauté sur les médias sociaux dans le but d’optimiser sa notoriété et de gérer sa réputation en ligne.

En parallèle, les attachés de presse ont dû s’adapter à ce nouvel environnement numérique. Car si leur mission était autrefois de communiquer auprès des médias en amont ou après une campagne, elle comprend désormais également la gestion des flux immédiats d’informations, la rédaction de communiqués de presse adaptés aux exigences du Web et la capacité de s’adresser à tous les acteurs influents, aussi bien sur Internet qu’en dehors.

Aujourd’hui, la frontière entre ces deux professions est de plus en plus poreuse et tend à s’effacer, comme en témoignent la profonde mutation des pratiques et la nouvelle appellation de « relations publics ».

Les deux métiers remplissent en effet des missions similaires sous bien des aspects. Les community managers et attachés de presse produisent et diffusent de l’information en direct, et doivent être en mesure de réagir en temps réel aux requêtes soumises à l’entreprise qu’ils représentent. Par ailleurs, ces deux profils différents effectuent des veilles pour gérer la réputation de leurs clients et identifier les meilleures opportunités de prises de paroles. Enfin, attachés de presse et community managers ont pour mission commune de diffuser du contenu pertinent, potentiellement viral, avec la même volonté de créer de l’engagement auprès de leurs publics.

Dès lors que les « followers » d’une marque sur les réseaux sociaux peuvent devenir des influenceurs potentiels, la relation qu’ils entretiennent avec elle n’est plus le seul apanage des community managers mais concerne également les attachés de presse 2.0. C’est pourquoi ces spécialistes des RP doivent également intégrer la connaissance des médias sociaux.

L’animation des réseaux sociaux n’est pourtant pas une attribution traditionnelle de l’attaché de presse, qui s’adresse lui aux journalistes et aux blogueurs, mais rarement aux consommateurs, alors même que ceux-ci n’ont jamais été aussi influents.

En parallèle, trop d’entreprises négligent encore l’impact d’un bon community management sur leur réputation. Les community managers sont trop souvent limités aux échanges en ligne alors que ces relations se prolongent désormais dans la vie quotidienne.

Non, le métier d’attaché de presse n’est donc pas mort ! Plus que jamais, son savoir-faire en matière de gestion des relations avec les médias constitue un élément clé dans la valorisation de la réputation des entreprises. Mais il faut abattre les dernières cloisons qui subsistent entre les bureaux de l’attaché de presse et ceux du community manager, qui sont tous les deux garants de la réputation globale d’une entreprise.

Romain Mouton

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Ce qui a changé avec les RP 2.0

La tempête des RP 2.0 secoue le monde des relations presse : faut-il s’inquiéter de l’avenir de la profession dans un contexte de crise de la presse et de virtualisation des rapports humains dans notre société ?

Le web 2.0 et les réseaux sociaux ont bouleversé les stratégies de communication en consacrant une nouvelle façon d’interagir avec les publics. La principale évolution engendrée par le web 2.0 consiste en la désintermédiation de la relation entre l’entreprise et ses clients. Il y a quelques années, les médias étaient la principale courroie de ces relations. Mais aujourd’hui d’autres acteurs, les influenceurs, émettent à la fois de l’information mais aussi leur opinion, qui peut-être tant bénéfique que dévastatrice pour une entreprise ou une institution.

Ce qui a changé avec les RP 2.0

Un challenge de taille attend les agences de relations publiques. Bon nombre d’entre-elles sous-estiment encore l’importance d’entretenir une relation directe et personnalisée avec les nouveaux acteurs du web.
De nombreux blogueurs se plaignent de recevoir des communiqués de presse ou des demandes qui ne leur correspondent pas. Or, on ne s’adresse pas de la même façon à un influenceur, passionné par son secteur d’activité, qu’à un journaliste, qui est un professionnel habitué à travailler avec ces outils. Le web 2.0 doit nous conduire à dépoussiérer le communiqué de presse. Plus qu’un support, il devient un document qui contient du texte, mais aussi du son, des vidéos, des visuels et des liens utiles pour inciter son lecteur à s’approprier l’univers de la marque et à le partager facilement en ligne.

Les RP traditionnelles restent indispensables

La maîtrise de nouvelles expertises n’implique toutefois pas d’abandonner les savoir-faire traditionnels. La relation avec les influenceurs, qu’ils soient journalistes digitaux, blogueurs ou consommateurs nécessite encore et toujours une connaissance approfondie des mécanismes des relations presse.

La qualité et la pertinence du contenu qui est transmis aux influenceurs sont les éléments décisifs d’une relation de confiance, qui doit être directe et engagée. A l’ère du digital, rien ne pourra remplacer un échange verbal ou une rencontre avec un blogueur autour d’un café.

Une complémentarité essentielle

Il ne faut surtout pas sous-estimer l’impact des médias traditionnels, qui bénéficient toujours d’une forte audience et d’une crédibilité auprès des publics. La grand-messe du journal télévisé de 20 heures de TF1 rassemble encore plus de 9 millions de téléspectateurs et les matinales de RTL un peu plus de 3,9 millions de fidèles. Et si les médias sociaux sont au cœur des campagnes RP d’aujourd’hui, apparaitre dans les médias dits classiques reste une préoccupation majeure pour les clients.

En définitive, les RP 2.0 n’enterrent pas les relations presse traditionnelles et les deux sont en réalité complémentaires. Une stratégie de RP efficace intègre aussi bien des journalistes que des influenceurs web et doit pouvoir couvrir les médias traditionnels tels que la presse écrite, la radio, la télévision et les nouveaux médias numériques.

Romain Mouton

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Politico débarque en Europe: pure players et influence

Le 21 avril 2015 a marqué l’arrivée en Europe du site d’information américain Politico, pure player influent et expert reconnu en analyses politiques. Installé à Bruxelles et disposant de bureaux locaux dans les grandes capitales européennes, dont un à Paris avec Pierre Briançon (ancien de L’Expansion et Libération) et Nicholas Vinocur (ancien de Reuters), Politico propose des contenus en ligne gratuits portés sur la politique européenne ainsi qu’une version payante.

Cette arrivée tant attendue est révélatrice d’un intérêt toujours plus fort pour les pure players, à l’image de l’engouement en France pour le Huffington Post ou encore Slate. Aussi, la crise actuelle que connaît la presse traditionnelle représente une véritable opportunité pour ces sites qui interviennent exclusivement sur internet et tendent à favoriser l’expansion d’un journalisme plus dynamique et plus collaboratif. Rappelons-le, Internet reste plébiscité par le public pour son instantanéité et sa dimension participative.

Les pure players ne proposent pas de contenus imprimés et ne sont donc pas dépendants d’impératifs économiques liés à la vente d’un support papier. Dans ce cadre, ils peuvent se permettre de segmenter davantage leurs publications en adoptant une ligne éditoriale originale. La publication web offre également de nouvelles possibilités concernant la connaissance des habitudes des lecteurs ou encore l’absence de limitations géographiques en termes de diffusion.

Chacun d’entre eux doit cependant trouver un système de financement innovant, même si ces derniers sont inévitablement dépendants de la publicité en ligne. Politico, pour sa version française, sera également financé par l’organisation de conférences et d’une version « pro » payante, proposant des analyses politiques dans les secteurs de la santé, de la technologie ou encore de l’énergie.

Contrairement à ses homologues anglo-saxons, le site Politico ne traitera que d’actualité politique, en particulier des enjeux de pouvoir liés à l’Union européenne. En se positionnant ainsi, Politico souhaite toucher une niche d’internautes intéressés par la vie politique à l’heure du désintéressement massif des français sur ces sujets. Ce support pourrait ainsi offrir une nouvelle lecture de la politique, avec un positionnement plus neutre et indépendant que les médias classiques. C’est aussi une nouvelle approche du lobbying européen, plus directe et transparente, qui pourrait voir le jour avec cette arrivée. Une chose est sûre, le développement de ces nouveaux formats tend à changer la donne de l’influence et des stratégies de communication.

En effet, les stratégies d’influence et de relations presse se redéfinissent à une vitesse telle que les pure players ont maintenant leur rôle à jouer. Plus collaboratifs, plus ciblés, parfois plus crédibles, ils offrent aux professionnels de la communication et des médias de nouvelles opportunités de publication, notamment de par leur forte présence sur les réseaux sociaux. Ces formats bénéficient également en France de l’aura du site d’investigation Mediapart et donc d’une image plus indépendante, n’appartenant pas aux groupes qui détiennent les titres de presse classiques, même si cette démarche est amorcée à l’image du site d’information en ligne Rue89 récemment racheté par Le Nouvel Observateur.

Finalement, Politico est le symbole fort d’un journalisme ciblé, spécialisé et participatif, qui ne saurait que trop ouvrir la voie à d’autres médias en ligne en proposant des contenus de niche gratuits sur des sujets mal, peu, ou pas abordés dans les titres de presse traditionnels. Ces supports sont voués à prendre une place majeure dans les stratégies d’influence et de communication, en restant proche des internautes et de leurs préoccupations.

Romain Mouton

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