Les absents ont toujours tort. A deux semaines des élections générales, David Cameron paye cher d’avoir voulu faire mentir cette devise populaire, qui fonctionne pourtant aussi bien en français que dans la langue de Shakespeare.

Le leader conservateur s’est en effet volontairement soustrait à la figure imposée du débat télévisuel, organisé le 16 avril dernier, et qui oppose traditionnellement les différents candidats aux élections générales, espérant donner de ses adversaires une image de cacophonie et de désordre.

Cette posture gaullienne de « Moi ou le chaos », loin de convaincre les britanniques, aura au contraire offert une tribune permettant à Ed Miliband, leader de l’opposition travailliste, de s’imposer comme un homme d’Etat prêt à prendre les rênes du pays dès le mois prochain.

Le « Hot-dog gate »

Ce mauvais choix vient s’ajouter à une longue série d’erreurs de communication qui ont, quant à elles, progressivement convaincu l’opinion du snobisme et de la déconnexion de Cameron avec les classes populaires.

Dernière en date ? Outre une confusion regrettable samedi 25 avril sur le nom de son équipe de football préférée, preuve que le Premier ministre n’est pas très intéressé par ce sport national, on retiendra le « Hot-dog gate », survenu une semaine avant lors d’un barbecue électoral dans le Dorset.

Les communicants du 10 Downing Street voulaient, à cette occasion, donner de leur chef l’image d’un « monsieur tout-le-monde », accessible, tombant facilement veste et cravate alors que la bière coule à flot. Or, catastrophe, le chef du gouvernement a été photographié en train de découper son hot-dog à l’aide d’un couteau et d’une fourchette.

L’affaire, impensable et impardonnable au pays du fish & chips et du bacon roll, a immédiatement déclenché les sarcasmes et moqueries des journalistes britanniques et des réseaux sociaux.

Décidément récidiviste, David Cameron avait également affirmé en avril 2014 que les clients des supermarchés premium, tels que Marks & Spencer ou Waitrose, étaient par nature plus agréables et courtois que ceux des autres chaînes discount.

Snob et cousin de Kim Kardashian

Le cas Cameron illustre à merveille l’un des cauchemars et casse-têtes récurrents des spin doctors à travers le monde : comment rendre sympathique et proche des gens un arrière petit-fils du roi Guillaume IV, également cousin très éloigné de la reine Elizabeth II, qui incarne une division des classes peut être plus violente encore qu’en France ?

Ce rejeton de (très) bonne famille, éduqué à Eton, puis à Oxford, n’a jamais vraiment réussi à faire oublier ses origines et son accent snob. Ce n’est probablement pas son annonce d’un lien de parenté avec Kim Kardashian qui risque d’y changer grand chose.

Pour les classes populaires, l’impression risque de rester la même : David Cameron n’est pas de notre côté. Il ne nous comprend pas et ne nous comprendra jamais.

Une com’ ratée

Le leader conservateur pensait pourtant affronter ces élections en position de force, avec de solides arguments sur le plan économique.

Porté par une conjoncture favorable, le Royaume-Uni a atteint 2,6% de croissance en 2014. Les entreprises outre-manche ont créé 700.000 emplois la même année, portant le taux chômage à un niveau extrêmement bas.

Les erreurs de communication n’expliquent, bien sûr, pas tout. La reprise en Grande-Bretagne a été consécutive d’une montée de la pauvreté qui fait du pays un nouveau royaume des inégalités tandis que l’europhobie et l’angoisse identitaire se développent.

Néanmoins, il est un trait commun chez les hommes politiques, que ce soit au Royaume-Uni ou en France, de vouloir se défaire de cette accusation de snobisme, que ce soit en invitant les éboueurs à déguster des œufs brouillés à la truffe à l’Elysée il y a quelques décennies, ou en découpant de la junk food avec des couverts plus récemment. Autant d’initiatives de communication risquées et, finalement, ratées.

Romain Mouton

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