Le 21 avril 2015 a marqué l’arrivée en Europe du site d’information américain Politico, pure player influent et expert reconnu en analyses politiques. Installé à Bruxelles et disposant de bureaux locaux dans les grandes capitales européennes, dont un à Paris avec Pierre Briançon (ancien de L’Expansion et Libération) et Nicholas Vinocur (ancien de Reuters), Politico propose des contenus en ligne gratuits portés sur la politique européenne ainsi qu’une version payante.

Cette arrivée tant attendue est révélatrice d’un intérêt toujours plus fort pour les pure players, à l’image de l’engouement en France pour le Huffington Post ou encore Slate. Aussi, la crise actuelle que connaît la presse traditionnelle représente une véritable opportunité pour ces sites qui interviennent exclusivement sur internet et tendent à favoriser l’expansion d’un journalisme plus dynamique et plus collaboratif. Rappelons-le, Internet reste plébiscité par le public pour son instantanéité et sa dimension participative.

Les pure players ne proposent pas de contenus imprimés et ne sont donc pas dépendants d’impératifs économiques liés à la vente d’un support papier. Dans ce cadre, ils peuvent se permettre de segmenter davantage leurs publications en adoptant une ligne éditoriale originale. La publication web offre également de nouvelles possibilités concernant la connaissance des habitudes des lecteurs ou encore l’absence de limitations géographiques en termes de diffusion.

Chacun d’entre eux doit cependant trouver un système de financement innovant, même si ces derniers sont inévitablement dépendants de la publicité en ligne. Politico, pour sa version française, sera également financé par l’organisation de conférences et d’une version « pro » payante, proposant des analyses politiques dans les secteurs de la santé, de la technologie ou encore de l’énergie.

Contrairement à ses homologues anglo-saxons, le site Politico ne traitera que d’actualité politique, en particulier des enjeux de pouvoir liés à l’Union européenne. En se positionnant ainsi, Politico souhaite toucher une niche d’internautes intéressés par la vie politique à l’heure du désintéressement massif des français sur ces sujets. Ce support pourrait ainsi offrir une nouvelle lecture de la politique, avec un positionnement plus neutre et indépendant que les médias classiques. C’est aussi une nouvelle approche du lobbying européen, plus directe et transparente, qui pourrait voir le jour avec cette arrivée. Une chose est sûre, le développement de ces nouveaux formats tend à changer la donne de l’influence et des stratégies de communication.

En effet, les stratégies d’influence et de relations presse se redéfinissent à une vitesse telle que les pure players ont maintenant leur rôle à jouer. Plus collaboratifs, plus ciblés, parfois plus crédibles, ils offrent aux professionnels de la communication et des médias de nouvelles opportunités de publication, notamment de par leur forte présence sur les réseaux sociaux. Ces formats bénéficient également en France de l’aura du site d’investigation Mediapart et donc d’une image plus indépendante, n’appartenant pas aux groupes qui détiennent les titres de presse classiques, même si cette démarche est amorcée à l’image du site d’information en ligne Rue89 récemment racheté par Le Nouvel Observateur.

Finalement, Politico est le symbole fort d’un journalisme ciblé, spécialisé et participatif, qui ne saurait que trop ouvrir la voie à d’autres médias en ligne en proposant des contenus de niche gratuits sur des sujets mal, peu, ou pas abordés dans les titres de presse traditionnels. Ces supports sont voués à prendre une place majeure dans les stratégies d’influence et de communication, en restant proche des internautes et de leurs préoccupations.

Romain Mouton

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